Candice Aubert-Dhô : Une newsletter pour partager sa vision du monde

Fév 11, 2024 | #Rencontres | 4 commentaires

Artisane d’art textile engagée, Candice Aubert-Dhô est la fondatrice de la marque Cosy Jungle. Les mots sont également une passion qu’elle entretient au quotidien. Elle nous parle aujourd’hui de sa newsletter, la Lettre inspirante. Un support qu’elle utilise pour partager sa vision du monde et défendre l’artisanat.

Candice Aubert-Dhô conçoit à la main des tentures murales et coussins tissés en démarche éthique depuis son atelier en Provence. Elle travaille avec des matières naturelles issues de circuits courts, artisanaux et français. Dotée d’une formation initiale dans les métiers du livres, les mots sont pour elle un incontournable de son quotidien !

Elle entretient cette passion via son site et son blog autour de l’artisanat. Depuis deux ans, elle a aussi créé une newsletter qui lui permet d’échanger plus directement avec sa communauté. Elle l’appelle la Lettre Inspirante et pour la découvrir, c’est par ici.

Je suis une adepte de sa newsletter, dont je ne manque jamais un numéro et que je donne régulièrement en exemple lors de mes ateliers. Je l’ai donc invitée à témoigner ici pour qu’elle nous dise tout de cette infolettre !

Bonjour Candice, peux-tu expliquer comment et pourquoi tu as choisi de communiquer sur ton activité via une newsletter ?

J’ai toujours eu un attrait pour l’écriture, les livres et les mots. Cela fait partie de moi. J’ai fait mes études dans la Cité du Livre d’Aix en Provence, ça ne s’invente pas :). Je ne me force donc pas trop pour écrire, c’est plutôt un prétexte !

Créer une newsletter a été un choix assez évident au départ, je voulais écrire pour m’exprimer et faire découvrir l’univers ma passion pour le tissage. Peu à peu, j’ai découvert que je pouvais y faire plus que cela et partager ma vision du monde en défendant pleinement l’artisanat.

J’ai donc écrit, testé, pris des risques sans m’en rendre compte j’avoue ! Bref, j’ai avancé et peu à peu j’ai structuré, j’ai trouvé mon rythme. Pendant deux ans et demi, j’ai envoyé ma lettre tous les 15 jours en m’y tenant, sauf en été où je coupe 1 mois ou 2. Merci d’ailleurs à toutes les personnes qui me suivent depuis le début : elles ont constaté cette évolution !

Candice Aubert-Dhô

Tu organises ta lettre inspirante sous forme de rubriques : peux-tu les présenter ?

Même si j’ai erré, je suis quelqu’un de très structuré : cela aide à mieux se comprendre.

Tout de suite j’ai donc imaginé des rubriques comme dans un magazine. Cela m’aidait moi aussi à savoir de quoi j’allais parler à quel endroit, pour ne pas perdre mes lectrices.

Je démarre toujours avec mon « Edito » qui est mon billet d’humeur, mon espace de liberté totale d’expression #nofilter. Je peux aborder mes doutes, une réflexion qui me taraude, un sujet plus ésotérique, plus engagé ou très concret.

J’ai ensuite la rubrique « Sur le Blog ». Ici je présente le dernier article que j’ai écrit sur le blog ou alors le dernier portrait d’artisane. Je publie un article par mois et un portrait par mois, en alternance. Cela me permet de faire de la pédagogie sur ma thématique du tissage ou de l’artisanat ET de partager l’univers d’une autre artisane que j’admire.

Va suivre une rubrique que j’ai ajoutée l’an dernier, « A lire ». Je lis énormément, je ne passe pas une journée sans livre dans les mains. Comme cela fait partie de moi j’ai décidé que je pouvais en parler même si ce n’est pas forcément orienté tissage/artisanat. Je partage ainsi une chronique livre sur n’importe quel sujet ou support : fiction, document, essais, BD, littérature imaginaire…

Je termine généralement par les « Coulisses ». Ici je fais les annonces importantes de mon quotidien en tant qu’artisane d’art. Je partage les événements auxquels je participe, les dossiers de candidature déposés ou les projets sur lesquels je suis en train de travailler. C’est vraiment une fenêtre sur l’atelier.

Voici pour mon tronc commun. J’ajoute des rubriques en fonction de mon actualité : Mise à jour du shop, Date ateliers créatifs etc. Je partage toujours mes informations en premier dans la lettre. Je tiens à cette « exclusivité » dont bénéficient mes lectrices dans cet espace. Comme je réalise des pièces uniques, cela leur donne la possibilité de choisir les tissages avant tout le monde ou de s’inscrire aux ateliers en avant-première.

Est-ce que tu es lectrice d’autres newsletters ? Qu’apprécies-tu dans ce canal de communication ?

Je suis plusieurs newsletter que je vais lire d’une autre façon que ce que je consulte sur les réseaux. J’aime bien en conserver certaines qui deviennent des références dans mes archives et que je relis ! On n’est pas du tout dans la même temporalité.

J’aime pouvoir en découvrir certaines, me désabonner d’autres, cela m’inspire aussi. Mais je suis surtout abonnée à des newsletters sur l’aspect entrepreneurial de mon business ou sur la thématique large de l’artisanat. Je n’ai aucune lettre d’artiste textile par exemple ! Je ne sais même pas si cela existe mais j’avoue ne pas avoir cherché.

Celle que tu proposes, par exemple, est une formidable source d’information sur l’écrit, sur la communication et les trucs et astuces, la veille thématique est passionnante. Cela me nourrit énormément.

Je suis celle de Charline de LaPolichinelle aussi qui est orientée trucs et astuces sur instagram ou sur le blog/SEO etc. Je m’auto-forme en lisant la lettre de OuiChangemaVie ou encore celle d’Aline de TheBBoost, un programme auquel j’ai participé il y a 2 ans. Bref, c’est de l’investissement de temps mais encore une fois, je peux les lire quand je veux et y revenir, c’est plutôt satisfaisant !

T’arrive-t-il de manquer d’inspiration pour écrire ta newsletter ? Si oui, comment surmontes-tu cette difficulté ?

Parfois cela m’arrive pour l’édito oui ! Je tiens à écrire quelque chose qui apporte vraiment à mes lectrices, qui soit qualitatif et qui ne relève pas simplement de la confidence de ma vie.  « J’ai fait du sport hier » n’a que peu d’intérêt (même si me concernant, cela relève du miracle ah ah !).

J’écris cet édito au plus près de la date d’expédition de la Lettre pour coller à mon état d‘esprit. J’y pense donc toute la semaine précédente, parfois je le commence dès la précédente envoyée. Je vais puiser dans mes lectures ou un événement qui a pu m’arriver : je le transforme en réflexion digne d’intérêt.

Il fut un temps où je remplissais avec des sujets annexes mais j’ai mûri personnellement, j’ai travaillé sur moi. Depuis, si je n’ai rien à dire, j’enlève la rubrique tout simplement. Cela ne dérange personne d’autre que moi et ce n’est pas très grave 😉

Depuis, j’ai mis en place des petites habitudes qui m’aident à toujours avoir des sujets à traiter, sur lesquels j’écris ou qui sont en cours dans ma tête. Mon cerveau ne s’arrête pas souvent…

Comment as-tu choisi le rythme d’envoi (2 fois par mois) ? En as-tu testé d’autres ?

Je me suis régulièrement posé la question : est-ce trop, trop peu ? Dur de trouver le rythme surtout qu’il n’y a pas autant de retours « instantané » avec les newsletters que sur les réseaux !

Au tout début j’en faisais une par mois mais j’avais trop à dire ! Je faisais des lettres à rallonge un peu indigeste… J’ai suivi l’un de tes ateliers sur le sujet, j’ai réfléchi à ce que je voulais présenter et surtout, je me suis demandé quel était l’intérêt pour mes abonnées de me lire.

L’an dernier, j’ai refondu la maquette de ma lettre, j’ai épuré, encore plus structuré tout en gardant ma flexibilité. Et surtout, je me suis concentrée sur le fait de me faire plaisir, en recentrant mon propos.

Deux fois par mois c’est désormais un rythme qui me va bien. Si je passe à une fois par mois, je sais que j’ai trop de choses à raconter ! On ne se refait pas… 😉

Comment as-tu choisi ton outil d’envoi de newsletter ? En es-tu satisfaite ?

J’ai utilisé au départ SendingBlue car il était en français mais c’était trop rigide pour moi. Marie de Salt and Paper qui a réalisé et gère mon site internet, m’a proposé de passer à MailPoet, intégré à WordPress.

Il est super simple, que cela soit pour la mise en page, l’intégration des images ou des automatisations. J’ai la version gratuite qui me permet d’avoir une liste jusqu’à 1000 abonnées et le suivi des mails est basique mais très bien. Je peux planifier mes mails donc j’en suis ravie !

Est-ce que tu suis attentivement tes statistiques ? Est-ce que tu te fondes sur les résultats pour faire évoluer ton contenu ?

J’ai la version gratuite de MailPoet alors je n’ai pas de détails comme dans un CRM payant, mais je suis en effet les taux de clic et d’ouverture. Je peux consulter aussi le lien le plus cliqué. C’est un indicateur fort, surtout quand je fais la mise à jour du shop !

Je vois une évolution avec mes premières lettres. Clairement, je suis très souvent « dans le vert » en dépassant les 40% d’ouverture ou de clic. Je vais me baser sur ces indicateurs pour faire évoluer surtout ma ligne d’objet et l’heure d’envoi. Le contenu en lui-même ne change pas. C’est moi qui le fixe et cela fonctionne bien depuis que je suis plus alignée avec moi-même au final.

Ma newsletter ne génère pas encore de vente « directes » en hors des mises à jour du shop. On ne me dit pas encore « tiens, je viens de lire votre lettre, je vous commande un tissage sur-mesure ». Mais cela fait partie du processus. C’est un investissement et un jour je sais que ça sera le cas 🙂

Quels sont tes motifs de satisfaction/frustration avec ta newsletter ?

Mes frustrations :

  • Ne pas avoir autant de retours instantanés que sur les réseaux ! J’aimerais avoir toujours quelqu’un pour me commenter ma lettre « super tel sujet, celui-ci bof ». Mais ça y est, j’ai intégré que j’étais la mieux placée pour le faire.
  • Faire grandir le nombre d’abonnées : c’est looooong. C’est long. Voilà, disons-le, à moins d’acheter des listings (ce à quoi je me refuse), c’est très long. Surtout que je ne veux pas avoir une position marketing agressive donc bon… J’essaie de faire fonctionner le bouche à oreille en partageant les compliments de mes lectrices actuelles ! Et à rendre ma lettre la plus qualitative possible pour générer ce genre de commentaires 😉 Mais je réfléchis à créer un petit ebook sur l’artisanat, c’est mon projet avant l’été !

Mes satisfactions :

  • Pouvoir échanger avec ma communauté : Au fil du temps, j’ai des personnes qui m’écrivent de plus en plus régulièrement pour rebondir sur une réflexion ou me parler de leur parcours. Suite à une lettre, cela peut être aussi combien je les ai inspirées ou comment elles se sont senties concernées. C’est assez dingue ça, et je leur en suis terriblement reconnaissante de prendre le temps de me le dire. Cela m’encourage à continuer !
  • Ecrire : On me dit souvent « mais comment tu fais ? » à propos de ma lettre ou de ma communication. Je n’ai aucun mérite, j’ai BESOIN d’écrire ! Mon rêve est d’écrire un livre, j’ai des notes partout, des carnets partout… Nous sommes toutes différentes. Je suis admirative de celles qui se lèvent le samedi pour aller courir, alors ne complexons pas !
  • Faire de la pédagogie autour du tissage et l’artisanat : que cela soit avec ma FAQ, mes articles ou les portraits d’artisanes, je suis très heureuse de parler de ce sujet. D’en faire découvrir les coulisses, et faire entrer un peu l’artisanat dans le quotidien de mes abonnées. Ramener aussi la création à taille humaine, et à un temps plus ralentis. C’est l’un de mes essentiels.
  • Créer une communauté à part entière : J’aime cette idée que partager des informations exclusives avec mes lectrices. De créer un petit cercle presque intime, qui soit différent de celui des réseaux. Demain si instagram ou Linkedin ferme, si instagram décide de me faire payer pour être visible (ah non, il le fait déjà !) au moins je sais que je peux continuer à parler sereinement avec ma communauté. Et cela me donne une liberté que j’apprécie !

Pour finir, quels conseils donnerais-tu à une entrepreneuse qui souhaite lancer ou dynamiser sa newsletter ?

Si vous voulez vous lancez, faites-le. Ne procrastinez pas pendant des jours à revoir votre plan dix mille fois, c’est inutile. C’est en vous lançant que vous pourrez réajuster sur du concret.

Ecrivez une première newsletter et envoyez-la à vous-même par exemple. Est-ce que vous avez envie de vous lire ? Est-ce qu’elle a l’air indigeste ou aérée ? Vous apprenez des choses ? Vous avez en fait toutes les réponses en vous à 80% du temps.

Que vous souhaitiez écrire pour vous ou les autres, la seule chose à garder en tête, c’est de rester cohérente : vous présentez une lettre sur la cuisine mais vous finissez par raconter votre vie plutôt que de partager vos trucs et astuces de recette, cela n’ira pas loin.

Si vous voulez redynamiser votre lettre, formez-vous, écoutez des podcast : un œil extérieur pourra vous aider à identifier un éventuel problème, un point de communication qui est trop flou ou peu identifiable. Prendre rdv pour un audit de communication avec Sandrine m’a beaucoup aidée également !

Parfois un petit pas de côté de 5% change tout, pas besoin de tout révolutionner.

Mais dans tous les cas, si vous vous forcez à écrire, ne lancez pas de newsletter. Si cela vous agace de vous poser devant votre ordinateur, ne lancez pas de newsletter. Faites avec vos moyens : j’avais pensé à lancer un podcast par exemple, mais avec mes contraintes de temps et ma vie de famille, cela aurait été ingérable. Le format lettre me convient mieux, personnellement.

Trouvez ce qui vous va et à quel rythme car il n’y a rien de pire que des mails erratiques qui vont « clignoter » dans la boite mail de vos lectrices sans but ou harmonie. En un mot, faites-vous plaisir : ) !

4 Commentaires

  1. Candice Cosy Jungle

    Merci Sandrine pour ton partage ! Tu donnes toujours à réfléchir sur des sujets très utiles, merci pour cet échange et ce temps de réflexion 😉

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    • Sandrine Franchet

      Avec grand plaisir, merci à toi d’avoir pris le temps de partager avec les lectrices les coulisses de ta newsletter !

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  2. Mademoiselle Marie

    Merci pour ce partage d’expérience super enrichissant pour une bébé entrepreneuse créative comme moi!
    Je suis justement en pleine réflexion sur ma newsletter. Jusqu’à lors je ne savais pas par quel bout m’y prendre.. Grâce à vous 2, je vais pouvoir m’y mettre avec méthode. C’est super!!!

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    • Sandrine Franchet

      Bonjour Marie et surtout merci, tant pour ta lecture que pour ton commentaire ! Je suis ravie que ce partage te soit utile, car c’est vraiment l’objectif de ces interviews !

      Réponse

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