Enquête: les entrepreneuses et le confinement, épisode 2

Je poursuis la restitution de l’enquête menée fin mai auprès d’une soixantaine d’entrepreneuses (voir l’épisode 1: l’impact du confinement). Dans ce deuxième volet, vous témoignez de la manière dont vous vous êtes adaptées et avez surmonté cet événement inédit et difficile.

Première chose à noter: interrogées sur la manière dont vous avez fait face et dont vous vous êtes adaptées face au confinement, près d’une vingtaine d’entre vous (soit environ un tiers) n’a pas répondu ou a répondu n’avoir mis en place aucune adaptation. “Je me suis sentie dépossédée et inhibée pour avancer”, témoigne l’une d’entre vous. “J’ai lâché prise”, souligne une autre.

Fabrication de masques, travail à distance, mise en place d’outils digitaux, création de nouveaux services : les entrepreneuses se sont adaptées au confinement

Parmi celles (les 2/3 donc) qui ont en revanche pris des mesures d’adaptation, une partie a choisi d’adapter temporairement son activité, notamment au travers de la fabrication de masques:

  • “J’étais en fait très partagée : fallait-il à tous prix que je booste mon business (donc faire acheter mes créations qui n’ont rien d’indispensable …je trouvais cela presque indécent) ou que je mette ma modeste pierre à l’édifice ? J’ai donc d’abord choisi de mettre ma marque entre parenthèses pour aider en fabriquant des masques pour mes proches, voisins et quelques associations. Puis au bout de quelques temps, j’ai estimé que les aides d’état étaient une béquille pour refaire surface mais qu’il fallait se prendre en main pour redynamiser tout ça ! J’ai donc recommencé à communiquer sur les réseaux sociaux histoire de maintenir le lien avec ma communauté et j’ai modifié aussi mon E-shop avec des promotions incitatives.”
  • “On a créé un nouveau produit mais on n’a pas osé le lancer pour pas brouiller les messages”
  • “Fabrication de masques en tissu et développement de la boutique Etsy en plus de mon site personnel existant”
  • “J’ai changé, adapté mon activité en confectionnant des masques en tissu. Mais c’est temporaire.”
  • “Faire coïncider nos horaires de travail aux horaires de la Poste. Limiter au maximum le déplacement des salariées. Réaménager la boutique. “Créer” du télétravail.”

La plupart d’entre vous a par ailleurs dû mettre en place ou intensifier l’utilisation d’outils et dispositifs digitaux pour rester en contact avec ses clients et sa communauté. Vous avez par exemple proposé des ateliers DIY et des challenges sur les réseaux sociaux, assuré vos rendez-vous ou des formations en visio, travaillé sur vos boutiques en ligne…

Photo by Chris Montgomery on Unsplash
  • “Pendant le confinement j’ai essayé de me concentrer sur la communication et les réseaux sociaux et surtout de me rendre utile à ma manière en lançant le #challengesurcyclage pour inciter à réduire nos déchets tout en étant créatif.”
  • “Pour garder le lien et aussi parce que je devais continuer pour ne pas subir cet arrêt brutal, j’ai offert 1 atelier DIY par semaine au début du confinement diffusé sur les réseaux sociaux. La communauté locale IG a joué le jeu en partageant cette initiative et avec une autre entrepreneuse nous avons proposé ces challenges en créant le hashtag #defiDIY2020. Ensuite j’ai du arrêter car j’ai eu des demandes pour produire des masques en tissus pour une entreprise qui m’a permis d’assurer le paiement des charges. Aussi parce que la fatigue prenait le dessus avec la gestion de l’école, les repas et le quotidien à la maison.”
  • “J’ai testé des choses, notamment un atelier en live sur instagram pour pratiquer ensemble la photographie en confinement. Mais j’ai surtout profité de ce temps pour finir mes projets personnels !”
  • “Mise en place d’outils de communication à distance.”
  • “Plus de communication directe et de vente sur instagram. Mise en place du Instashop”
  • “J’avais, avant le confinement commencé à travailler sur un nouveau site internet e-shop, du coup j’ai profité du confinement pour me consacrer à ce projet. J’ai eu la chance que mon informaticien et ami était disponible pendant le confinement du coup nous avons finaliser la matrice du site et de mon côté, j’ai fait tout le shooting des bijoux, en pack shot, retouche sur photoshop (j’ai suivi une formation photoshop en ligne) et j’ai fait toute la mise en ligne des fiches produits (environ 350), cela m’a pris du temps et comme j’en avais c’était le bon moment pour faire cela.”
  • “Formation en accéléré aux outils numériques d’animation à distance et révision de mes modules de cours pour maintenir l’activité de formation dans l’enseignement supérieur”.

Parfois, certaines sont allées encore plus loin et ont carrément “profité” du confinement pour remettre en question le modèle économique de leur entreprise ou de leur projet, et miser sur de nouvelles offres.

  • “Projet revu et adapté pour ne pas devoir dépendre des boutiques et salons ainsi que des ateliers créatifs qui seront encore annulés un bon bout de temps. Problèmes : gros travail (il s’agit presque de monter une nouvelle boîte) et gros problème de fournisseurs”.
  • “Pour nos lunchbox, nous avons proposé d’abord un pickup aux familles, puis une livraison à domicile. Nous avons également gardé uniquement la boîte taille ado/adulte pour que nos portions puissent convenir à toute la famille”.
  • “J’ai utilisé mes compétences dans le montage et l’animation pour mettre en scène et en valeur sur les réseaux sociaux les efforts collectifs en télétravail (cours, conférences, webinars…)”
  • “Mes patrons de couture étaient jusque là au format papier, j’ai mis les bouchées doubles pour sortir une version numérique. Cela m’a permis d’élargir ma clientèle.”
  • “Je pense désormais que le coaching doit se faire en présentiel et à distance. Avant le confinement, je voulais uniquement partir sur du présentiel”.
  • “J’ai essayé de développer la vente de tutoriels PDF. C’est la seule chose que je pouvais réellement vendre pendant le confinement. J’ai fait quelques ventes”.
  • “J’ai testé des activités à distance gratuites (e-codéveloppement) pour soutenir les entrepreneurs”.
  • “Je suis en train de préparer des formations distancielles.”
  • “J’ai repensé mon entreprise pour proposer des produits numériques à la vente. Je suis en train de faire un E-book par exemple. J’ai réfléchi aux cours de couture avec ZOOM mais je ne vois pas encore trop comment faire.”

Témoignages: lancer de nouvelles offres en réponse à la crise

Karine, créatrice de la marque Les Enfants Nomades (qui témoignera justement sur ce thème à l’occasion d’un live sur le compte instagram des Entrepreneuses créatives le 10 juin prochain), s’est ainsi retroussé les manches pour proposer des kits ateliers en lieu et place de ses ateliers présentiels.

Les kits créatifs les Enfants Nomades

“J’ai d’abord essayé de faire des tutos et de partager les activités de mes livres mais j’ai vite été découragée car je n’arrivais pas à me mettre en avant et beaucoup s’étaient lancées. Cela a aussi impacté m’a confiance en moi. Ensuite ,comme j’ai vu que la situation n’allait pas s’améliorer, j’ai réfléchi à un plan B au cas où mes ateliers ne reprendraient pas et j’ai pris la décision de créer des ateliers à emporter avec le matériel que j’avais. Dans un premier temps, j’ai juste écrit le projet, imaginé les kits sans pour autant démarrer car mes ateliers demandent beaucoup de travail en amont notamment en terme de communication.

Quand, le 4 mai, j’ai appris que je n’aurais plus que 2 dates en juin pour 3 participantes… après avoir accusé le coup, j’ai mis le paquet sur les kits et j’ai à nouveau endossé tous les rôles : graphisme, rédaction des pas-à-pas, conception du packaging que je souhaite écologique, mise en ligne, adaptation de ma boutique en ajoutant un module d’expédition et enfin la communication !”

Via Instagram, j’ai également reçu ce témoignage d’une entrepreneuse qui a, elle, pris la décision de se lancer “grâce” au confinement :

“Je suis salariée et avant le confinement je n’avais pas pour but d’ouvrir mon entreprise. Un matin en allant boire mon café sur mon balcon j’ai senti l’odeur d’herbe coupée et vu que la nature était on ne peut plus belle. J’ai donc pris une claque sur ma vie et me suis posé des questions autour de mon mode de vie, de mon travail…etc. J’avais déjà entamé une démarche zéro déchet et éco-responsable dans ma vie de tous les jours et je me suis demandé comment mettre mon métier en perspective…

Je suis bijoutière de métier et conceptrice 3D, il était pour moi évident qu’en combinant ces savoirs, je pouvais changer le mode de fonctionnement et de consommation de la bijouterie classique. C’est ainsi que j’ai décidé de créer ma marque Kalathea qui repose sur une bijouterie numérique et éco-responsable. Les bijoux seront vendus sur des représentation 3D photoréalistes et la production ne se fera qu’à partir du moment où le bijoux est acheté, ce qui permet de préserver les ressources minières et les ressources énergétiques de façon écologique. Il était aussi important pour moi de redonner du sens aux choses. Mes créations sont basées sur la symbolique de la forme et des pierres, afin de permettre de porter des créations esthétiques mais qui veulent dire quelque chose!”

Communication, formation, créativité, partenariats…: les entrepreneuses préparent l’avenir

Au-delà de ces actions d’adaptation à court terme, j’ai interrogée les entrepreneuses sur les démarches mises en place à plus long terme, dans un objectif de développement de l’activité et d’une meilleure préparation de l’avenir.

Si une grosse dizaine d’entre vous n’a rien entrepris (essentiellement par manque de temps, surtout pour celles confinées avec des enfants, parfois par manque de motivation ou “manque d’espace physique et mental”), la majorité d’entre vous a pu néanmoins se retrousser les manches.

Les principales actions ont porté sur la communication, soit en vous y attelant seule, soit en vous entourant de prestataires. Vous avez bien compris que, dans cette situation inédite, il était nécessaire de développer votre visibilité, notamment en ligne, et d’intensifier le dialogue avec votre communauté:

  • “Le confinement m’a permis de reprendre mon blog que j’avais délaissé depuis longtemps. Côté réseaux sociaux, je n’ai pas du tout été performante mais c’est mon point faible je le sais et j’ai accepté ce fait. Je suis très contente néanmoins d’avoir réécrit et je me rends compte qu’il y a tout un pan d’expérience que je n’avais jamais mis en avant : toutes les années où j’ai fait de la scénographie pour un magazine. J’ai développé un premier e-book pour faire une sweet table sur le thème du Japon qui sera ma vitrine, je compte le distribuer gratuitement avec les nouveaux abonnements à ma newsletter. Ce premier ebook est mon gabarit, j’ai 10 autres thèmes en préparation (j’ai déjà les photos, une partie des textes) mais là c’est le temps qui me manque: mes deux filles sont encore scolarisées à la maison donc j’avance à petits pas. Ce ne sont pas les projets qui manquent mais il faut réussir à tout concilier…”
  • “J’ai passé énormément de temps sur Instagram, je me suis vraiment attelée à cette tâche à laquelle je n’avais jamais consacré assez de temps ! Pendant quasiment 2 mois ça a super bien marché : même si ça ne rapportait rien de concret dans l’immédiat, j’avais l’impression d’avoir su rebondir et de préparer l’après. Mais 6 jours avant la fin du confinement, j’ai été shadowban : méga restrictions sur toutes les interactions, 17 abonnés perdus en 48h, dynamique cassée en plein vol… Du coup je me demande si j’ai vraiment mon temps à profit de la meilleure de façons, mais ce qui est fait est fait ! Au moins j’ai bien enrichi mon réseau et surtout j’ai plein de nouvelles idées ! J’ai aussi assisté à plusieurs webinaires et ateliers de formation gratuits, histoire de continuer à me former un peu !”
  • “J’ai globalement revu mon planning éditorial, mis à jour ma newsletter (même si je ne l’ai pas encore envoyée …) et puis j’ai suivi une formation Pinterest. Dans les gros changements “réseaux sociaux” apportés par ce confinement, je vais recentrer mes efforts sur IG et Pinterest qui me semblent plus adaptés à ma personnalité et à mon activité.”
  • “Augmentation de la communication, plus de présence sur les réseaux sociaux.” Notre adaptation et notre « pénétration » au sein des foyers nous ont permis de faire gouter nos produits aux parents, et ainsi augmenter leur connaissance de notre entreprise”.
  • “J’ai “profité” du confinement pour créer des images chaque jour (ou presque), et partager des vidéos de mon processus de création, afin de me rapprocher des personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux”.
  • “J’ai fait une longue liste de mes objectifs rêvés le 17 mars et j’ai essayé de tout faire en 2 mois. Photos, mise a jour eshop, contenu RS etc…3
  • “J’ai pris des contacts pour refaire faire l’intégralité de mon site internet ainsi que mon logo et charte graphique.”
  • “Instagram est devenu ma seule fenêtre sur le monde et j’ai boosté à fond ma com’ et ma présence ! je suis devenue plus influenceuse diy que commerciale. J’ai fait des posts simples et attractifs et je me suis bien amusée.”
Photo by Georgia de Lotz on Unsplash

Vous avez également mis à profit le ralentissement de votre activité pour développer vos compétences grâce à des formations (dont certaines avec moi ^^):

  • “Une formation sur la communication avec toi 🙂 et sur la photographie avec un module en ligne”.
  • “J’ai suivi un super coaching (re)pense ta stratégie de marque ;-)”
  • “Formations sur le pourquoi de la marque, communication et instagram”
  • “J’ai participé à de nombreuses formations en distanciel et j’ai travaillé différents aspects de mon activité.”
  • “J’en ai profité pour développer davantage mes compétences dans certains domaines (illustration numérique notamment).”
  • “Formation à fond : beaucoup de webinaires, un MOOC, et j’ai rejoint un réseau pour aider les entreprises dans la partie santé et sécurité spécifiquement liée au COVID : beaucoup de groupes de travail et de réunions”.
  • “J’ai suivi un parcours de formation sur skilleos stratégie digitale, personal branding, leadership, SMO, SEO… “

Enfin, ce temps de pause vous a également permis de travailler sur vos offres et notamment de laisser libre cours à votre créativité pour imaginer vos prochaines collections (“J’ai travaillé sur l’optimisation de mon process de fabrication et le développement des recherches esthétiques”. Vous en avez aussi profité pour écrire, pour prendre contact avec de nouveaux fournisseurs ou tout simplement pour renouer avec vos envies : “J’ai voulu aussi profiter de cette pause pour lâcher prise sur mon activité en explorant et testant complètement autre chose avec les moyens du bord comme réaliser son papier, découvrir la teinture naturelle pour le papier ou pour d’autres supports, le jardin, la cuisine…”

Voici la manière dont les entrepreneuses interrogées se sont adaptées au confinement. Dans le 3ème volet de l’enquête, elles expliquent comment elles ont vécu sur un plan plus émotionnel cette période et la manière dont elles imaginent l’avenir de leur activité…

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